– Je prends le rouge à lèvres et une petite robe noire. Je vais dans la salle de bains. Je commence à me préparer.
– Courte ?
– Quoi ?
– La robe. Courte ?
– Un peu, pas trop. Juste au-dessous des genoux.
– Tu fais comme tu veux, c’est ton histoire après tout.
– Bon, d’accord, au-dessus des genoux, mais en matière extensible. Je peux la baisser quand je ne me sens pas bien.
– Y a de la musique ?
– Un morceau de jazz. C’est ce qu’on met quand on porte une petite robe noire avec du rouge à lèvres avant d’aller à un rendez-vous.
– J’aime pas trop.
– Ma robe ?
– Non, le jazz…
– T’es toute seule ? T’attends qui ? Tu vas où ?
– Eh ! Tu la laisses raconter !
– Oui, tu me laisses raconter !
– C’est long, je m’ennuie.
– T’as déjà été violée trois fois avec la robe que tu portes !
– Quoi ?
– C’est parce qu’elle est trop courte !
– Ça, c’est sûr.
– Elle est trop courte ?
– Elle est trop courte !
– Tu vois, je te l’avais dit !
– Moi, je la trouve très bien. Si on se fait violer avec une robe comme ça, c’est qu’il y a autre chose.
– Autre chose ?
– C’est que tu l’as cherché.
– Oui, c’est ça, c’est qu’elle l’a cherché.
– Je l’ai cherché ?
– Ben oui, t’as dû faire ton allumeuse encore une fois.
– Encore une fois.
– Encore une fois ?
– Oui.
– Oh mon Dieu ! c’est horrible !
– Quoi ?
– Ta robe est toute déchirée…
– C’est horrible !
– Oh ! C’est horrible !
– En lambeaux, une belle robe comme ça.
– Quel gâchis !
– T’as des bleus de partout !
– Le maquillage qui dégouline…
– C’est pas beau à voir…
– Oh mon Dieu ! c’est horrible!
– Tu es toute seule dans la rue, tu pleures maintenant.
– Tu essaies de te relever mais tu glisses..
– Il pleut…
– Tu cries au secours !
– Le salaud qui t’a fait ça !
– Ah ! Le salaud !
– Tu le connais ? Tu l’as vu ?
– Oh mon Dieu ! C’est horrible !
– Il faut appeler des secours !
– Oh mon Dieu ! C’est horrible !
– Et ton rendez-vous qui t’attend et qui ne sait rien…
– Quelle sale histoire !
– Quelle sale histoire !
– Elle pleure. Elle pleure.
– Qu’est-ce qu’elle a ?
– Mais j’ai pas de…
– Quoi ?
– Qu’est-ce qu’elle dit ?
– Elle dit qu’elle a pas de…
– Attends, arrête de pleurer.
– J’comprends rien.
– J’ai… pas… de… rendez-vous….
– Qu’est-ce que tu racontes ? Qu’est-ce qu’elle raconte ?
– Tu t’es préparée pour un rendez-vous, tu te rappelles ?
– Arrête de pleurer, on comprend rien à ce que tu dis.
– Laissez-la, elle est trop choquée.
– Qu’est-ce qu’elle dit ?
– Je comprends rien, elle pleure trop.
– Oh mon Dieu ! La pauvre, elle craque.
– J’AI PAS DE RENDEZ-VOUS JE VOUS DIS !
– Crie pas, ça va, on comprend que tu as passé un sale moment mais on n’y est pour rien nous !
– Arrête de pleurer. Explique.
– Qu’est-ce que tu faisais toute seule la nuit dans cette petite robe ?
– J’espérais rencontrer quelqu’un…
– Oh ! La pauvre.
– Oh mon Dieu !
– Ah ben là ! Quand même, tu l’as cherché.
– Oui, elle l’a cherché, là, quand même.
– Elle l’a bien cherché, même.
– Toute seule la nuit, et habillée comme ça..