Je brûle. Je brûle. Je brûle.
Je n’ai pas mal. Ma tête pense. Elle s’arrête pas, ma tête.
Je le vois, lui, prêt à se ruer furieux sur le pied-de-biche, l’empoigner pour me frapper, il disparaît, il revient, il vide sur moi un bidon d’essence.
La fumée acide me brûle les yeux, me bouche les narines.
Il faut que je respire. Que je respire encore.
Je le revois devant moi le flic au poste hier soir. Je suis en danger, je lui dis. Il va me tuer.
Il hochait la tête avec sympathie mais dans ses yeux j’ai vu le doute, finissons-en, madame, ça suffit, vous nous soûlez avec vos scènes de ménage, on a des affaires plus sérieuses à traiter ici, ils disaient, ses yeux.
Rassurez-vous, nous prenons les choses en main. La même chose il y a un mois quand je m’étais rendue au poste, le visage couvert de bleus, les dents cassées, et il m’avait raccompagnée à la porte.
Toujours très poli.
On en finit, monsieur l’agent. Cette fois, on en finit pour de bon.
Je brûle.
Ma tête s’arrête pas. Il reste juste une petite fissure.
Respirer, respirer encore.
Peut-être qu’il regrette, qu’il va revenir.
Peut-être qu’il a changé d’avis… Qu’il va revenir m’asperger d’eau et me sauver la vie.
Il va pas revenir.
Il est jamais revenu.
Il me retrouvait chaque fois le lendemain, affalée au sol, glacée, mon sang était tiède – c’était la seule chose qui me prouvait que j’étais vivante.
Chaque fois la même histoire. Son steak pas assez salé ou trop salé, il cognait.
L’épicier m’avait regardée bizarrement, il cognait.
J’étais fichue. La honte. Une putain de honte pour ce que j’étais, pour les coups qu’il me flanquait.
Honte pour mes parents.
On en finit, monsieur l’agent.
J’étais seule à entendre mon cri monter dans le silence, un hurlement atroce sans répit, comme ces dernières minutes qui me paraissent plus longues que toute ma vie.
Le cri a duré un an.
Personne ne l’a entendu.