POURQUOI JE DOIS ME DÉVOILER – Geena Rocero

Quand je suis devenue mannequin, j’avais l’impression d’avoir réalisé mon rêve d’enfant.

Quand je regarde ma première campagne publicitaire, je me dis, Geena, tu as réussi, tu l’as fait, tu y es arrivée. 

Mais j’ai réalisé que ce n’était que le début. 

J’ai été déclarée garçon à ma naissance. 

Je me souviens quand j’avais cinq ans aux Philippines, je marchais autour de la maison et je portais ce T-shirt sur la tête. Et un jour, ma mère m’a demandée : « Pourquoi tu portes toujours ce T-shirt sur la tête ? » 

J’ai dit : « Maman, ce sont mes cheveux. Je suis une fille. » 

Je savais déjà comment m’identifier.

Quand j’avais quinze ans, toujours habillée comme un garçon, j’ai rencontré cette femme, une responsable de concours de beauté transgenre. Cette nuit-là, elle m’a demandée : « Pourquoi tu ne te présentes pas au concours ? » 

Elle m’a dit qu’elle s’occuperait des frais d’inscription et des vêtements. Et cette nuit-là, j’ai gagné « meilleure en maillot de bain », « meilleure en robe longue » et j’ai été élue première dauphine parmi plus de 40 candidates. 

Ce moment a changé ma vie. Tout d’un coup, j’avais découvert le monde des concours de beauté. Peu de personnes peuvent dire que leur premier boulot est reine de beauté transgenres, moi oui !

En 2001, ma mère, qui avait déménagé à San Francisco, m’a appelée et m’a dit : « Est-ce que tu savais que si tu viens aux États-Unis tu pourras changer ton prénom et l’indicateur du genre ? » 

C’était tout ce que j’avais besoin d’entendre. Elle m’a aussi dit de mettre deux E dans l’orthographe de mon prénom.

J’ai emménagé à San Francisco. Et je me souviendrai toujours la première fois que j’ai regardé mon permis de conduire californien, avec le prénom Geena et le genre F. 

Pour certaines personnes, leur permis de conduire leur sert juste de pièce d’identité, mais pour moi, c’était mon permis de vivre, de me sentir digne. 

Tout d’un coup, mes peurs disparaissaient. Je sentais que je pouvais réaliser mon rêve et partir à New York et devenir mannequin. 

Beaucoup ne sont pas si chanceux. 

Dans de ma communauté, le taux de suicide est neuf fois plus élevé que celui de la population globale. Tous les 20 Novembre, nous avons une veillée mondiale pour la Journée du souvenir trans, en mémoire des personnes assassinées juste parce qu’elles étaient transgenres. 

Je suis ici sur scène grâce à une longue histoire de personnes qui se sont battues et ont lutté contre l’injustice. Je suis là, exposée, pour qu’un jour on n’ait plus jamais besoin d’une veillée du 20 Novembre.